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Appel à la requalification des «oubliés de la reprise»

Les travailleurs victimes de la crise économique ne se replaceront pas tous seuls dans les emplois qu’on espère voir créés dans les prochains mois, observe l’Institut du Québec. Aussi, les enjeux liés à la requalification et à la formation continue seront plus importants que jamais afin d’assurer la meilleure reprise économique possible, en plus de faire face au retour des problèmes de rareté de la main-d’œuvre.

L’économie québécoise doit faire face aujourd’hui à un paradoxe, conclut l’Institut du Québec dans son bilan de l’emploi en 2020, dévoilé jeudi. D’un côté, le retour graduel à la normale de son marché du travail cache des écarts immenses entre les travailleurs qui s’en sont plutôt bien tirés et ceux qui ont subi de plein fouet le choc infligé par la pandémie de COVID-19. D’un autre côté, les principales victimes de la crise ne semblent pas particulièrement bien placées pour profiter de la reprise, et ce, même si de plus en plus de secteurs entrevoient déjà « un retour en force des pénuries de main-d’œuvre ».

À première vue, note le rapport d’une cinquantaine de pages, on pourrait croire que le Québec s’en est finalement un peu mieux tiré que les autres provinces au Canada. Alors que « les pertes d’emplois colossales » du début de la crise faisaient craindre le pire, la dernière année a donné lieu à un certain rebond et s’est finalement bouclée sur une situation « loin d’être catastrophique », c’est-à-dire par une perte nette d’emplois au Québec de décembre 2019 à décembre 2020 (-2,9 %) un peu moins grande que la moyenne canadienne (-3,1 %) et qu’en Ontario (-3,2 %).

Ces chiffres cachent toutefois de grands écarts entre les secteurs économiques et les types de travailleurs. Si des secteurs comme ceux de l’enseignement (+ 48 000 emplois), des services professionnels (+ 31 000) ou des finances (+ 6000) sont même parvenus à croître durant cette période, ceux de l’hébergement et de la restauration (- 92 000), de l’information, de la culture et des loisirs (- 33 000), de la santé et de l’assistance sociale (- 31 000) ou même de la construction (- 21 000) sont encore loin du compte.

Alors que les travailleurs de 25 à 54 ans ont presque rattrapé tout le terrain perdu et que ceux qui gagnent plus de 30 $ l’heure (+ 10 %) ou ont un diplôme universitaire (+ 3 %) étaient même plus nombreux, en décembre, à occuper un emploi qu’un an auparavant, c’est tout le contraire qui se passe pour les jeunes hommes de 15 à 24 ans (-15,5 %), les femmes de 55 ans et plus (- 10 %), les travailleurs qui gagnent de 12 $ à 20 $ l’heure (- 16 %) ou qui ont, tout au plus, un diplôme du secondaire (- 11 %).

Problème d’arrimage

Malheureusement, ces « chômeurs pandémiques » n’ont généralement pas le profil des travailleurs que recherchent les secteurs actuellement en croissance, ce qui explique en partie que le nombre de chômeurs de longue durée (+ de 27 semaines) a plus que doublé et compte désormais pour le quart du total, alors même que le nombre de postes vacants demeure élevé au Québec. Le coup d’accélérateur donné par la pandémie à la transition vers le commerce électronique, le télétravail et les technologies numériques ne risque que de creuser encore plus le fossé entre cette main-d’œuvre et les besoins des entreprises.

« Le Québec n’a pas les moyens de se priver de ces travailleurs », qui sont non seulement menacés aujourd’hui de devenir « les oubliés de la reprise », mais qui pourraient en outre devenir « le principal frein » si l’on ne trouve pas le moyen de les réintégrer au marché du travail, prévient l’Institut du Québec dans son rapport. Le problème est d’autant plus grave que la crise n’a rien changé aux tendances démographiques à long terme et que le Québec est toujours destiné à voir rétrécir son bassin de main-d’œuvre potentiel avec le vieillissement de sa population. « Plus que jamais, pénuries de main-d’œuvre, déficits de compétences et chômage coexistent dans le marché du travail québécois. »

Mia Homsy s’en fait particulièrement pour les jeunes hommes de 15 à 24 ans, dont le taux de chômage a grimpé en 12 mois de 10,5 % à 15,6 %, et le taux d’activités dans le marché du travail a reculé de 71 % à 64 %. « C’est le groupe qui présente le plus grand risque de décrochage, ce qui serait un drame économique et social », a expliqué en entretien téléphonique au Devoir la présidente-directrice générale de l’Institut du Québec.

Éducation et formation

L’un des meilleurs outils pour favoriser un meilleur appariement entre la main-d’œuvre disponible et les besoins de l’économie québécoise est l’éducation, fait valoir Mia Homsy. Et pas seulement la formation de base, offerte à tous les enfants durant leur parcours scolaire, mais aussi la formation continue des travailleurs, tout au long de leurs carrières professionnelles, ainsi que leur requalification lorsqu’ils se retrouvent sans emploi et cherchent à passer à un autre secteur d’activité.

Or, bien que souvent évoquées par le gouvernement du Québec, ces questions de formation ne semblent toujours pas être au centre de ses préoccupations, s’étonne Mia Homsy. « Cela m’apparaît inconcevable. Je ne vois pas comment les politiques de formation et de requalification pourraient ne pas être au cœur des politiques de relance économique du gouvernement ! Elles devraient être conditionnelles à toutes les autres mesures destinées aux entreprises. »

Source : Le Devoir

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