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Prendre la pénurie de main-d’œuvre par les cornes!

Chez Métal Bernard, la pénurie de main-d’œuvre fait mal. Très mal. Le fabricant de pièces et d’assemblages métalliques établi à Saint-Lambert-deLauzon, en Beauce, a dû refuser cette année des contrats d’un montant total de 5 millions de dollars parce qu’il se savait incapable de livrer la marchandise. Faute d’employés. Ce qui représente un manque à gagner équivalent à 10% de son chiffre d’affaires annuel.

D’autres mesures crève-cœur ont également dû être prises. Selon le président Louis Veilleux, la PME de 160 employés a été obligée de «se concentrer sur [ses] clients stratégiques pour éviter des retards de production trop importants». Il lui a aussi fallu «délocaliser une partie de [sa] production, hors du Québec», et même «abandonner ou diminuer de manière significative la production de certains de [ses] produits».

Le cas de Bernard Métal n’est pas unique dans la région de Chaudière-Appalaches. Une récente étude du cabinet conseil Deloitte montre qu’en 2021, ce sont 2,1 milliards de dollars de production manufacturière qui ont ainsi échappé aux PME locales. «La pénurie de main-d’œuvre cause aujourd’hui une perte d’opportunités, d’innovation et de croissance dans la région», est-il souligné dans l’étude.

Les illustrations concrètes sont à foison:
– Chez Teknion, un fabricant de meubles de bureau établi à Montmagny, on déplore des «délais de livraison augmentés», une «capacité de production réduite» et des «coûts de production plus élevés et moins compétitifs». Plus de 20 postes sont vacants, pour un salaire moyen de 50.000 dollars par an.
– Chez Maibec, un producteur de revêtements de bâtiments en bois présent en Beauce et à Lévis, on est confronté à une «incapacité à répondre aux promesses faites aux clients» et à des «délais de livraison accrus». Par exemple, les lambris qui étaient auparavant livrés en l’espace de quatre semaines le sont à présent au bout de… 16 semaines ; ce nouveau délai a forcé la PME de 750 employés, dont 25 postes sont vacants, à se retirer de ce marché!
– Chez le fabricant de structures d’acier Canatal, on confie que «le fonctionnement de l’entreprise dépend aujourd’hui totalement de l’immigration». De fait, 53 de ses 400 employés sont des immigrants, et 25 recrues étrangères potentielles sont dans l’attente d’un permis de travail. La PME de Thetford Mines a 30 postes à combler au plus vite, pour un salaire moyen de 52.000 dollars par an.

Pour Gilles Lehouillier, le maire de Lévis, il y a urgence d’agir : « Des mesures politiques et économiques doivent être prises sans tarder pour soutenir la région de Chaudière-Appalaches, où le secteur de la fabrication représente la plus forte création de richesse manufacturière per capita au Québec, avec un produit intérieur brut (PIB) de 12.500 dollars par habitant, contre 8.400 dollars à Montréal et 6.800 dollars en Montérégie», dit-il.

Et de lancer : «Il est inacceptable de voir des entreprises refuser des contrats et se résoudre à la décroissance faute de main-d’œuvre!»

De telles mesures pourraient s’articuler autour de cinq axes principaux, selon un mémoire concocté à cet égard par des élus municipaux, des industriels et différents services de développement économique de Chaudière-Appalaches:

1. Automatisation et robotisation. Il s’agirait d’adapter des programmes existants, souvent destinés aux grandes entreprises, à la réalité des PME établies en région.

2. Recrutement à l’international. L’idée serait de favoriser la venue et la rétention de travailleurs étrangers dans les régions touchées par le phénomène du plein emploi.

3. Formation et requalification. Il serait ici question, entre autres, de valoriser la formation en alternance travail-études.

4. Régionalisation des infrastructures. Il serait souhaitable d’encourager la construction de nouveaux logements et d’améliorer le transport collectif en région.

5. Régionalisation de l’immigration. Il s’agirait d’accélérer la régionalisation de l’immigration, «en favorisant les régions en situation de plein emploi».

Des mesures inusitées

À l’échelle du Québec, les dirigeants de près d’une PME sur deux (44%) disent peiner aujourd’hui à recruter. Cette proportion est nettement supérieure à celle en vigueur dans les autres provinces canadiennes, la moyenne nationale étant de 33%. C’est ce qui ressort d’un sondage mené par le cabinet d’études Maru Public Opinion pour le compte du cabinet-conseil en ressources humaines ADP Canada.

D’où la multiplication d’initiatives inusitées pour remédier au problème, prises par des PME canadiennes qui ne peuvent attendre de mesures gouvernementales spécifiques. Le sondage montre en effet que:

– Une PME sur deux (46%) ont augmenté leurs salaires pour mieux attirer et retenir les travailleurs;

– Le quart d’entre elles (27%) ont apprécié leurs avantages sociaux (vacances additionnelles,…);

– Le cinquième (19%) ont même instauré une semaine de travail plus courte.

Helen Vesce, la vice-présidente de la division Prestation de services d’ADP Canada, estime que les PME qui prennent de telles initiatives se mettent en bonne position pour sortir «grandes gagnantes» de la reprise économique actuelle : «Elles montrent ainsi qu’elles parviennent à s’adapter aux exigences changeantes du marché du travail. Mieux, elles prennent sûrement une longueur d’avance sur leurs concurrentes en matière de recrutement des personnes talentueuses d’aujourd’hui et de demain».

Chez Métal Bernard, un plan d’actions est en train de voir le jour, lequel n’écarte aucune possibilité. Il est notamment envisagé une «diminution de la capacité de production durant les 12 prochains mois», un «investissement visant à étendre les activités de l’entreprise dans d’autres régions du Québec, voire en-dehors du Québec», ou encore un «aménagement des horaires de travail». Pis, il est même considéré une éventuelle «vente de l’entreprise».

Cela étant, le président Louis Veilleux entend tout faire pour sortir au mieux de cette passe difficile : «Nous souhaitons faire partie de la solution, collaborer avec Québec et contribuer à enrichir nos régions de nouveaux talents», soutient-il, optimiste.

 

Source : les affaires, Olivier Schmouker, publié le 09/11/2021 à 14:52

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